Comment soulager la fibromyalgie et les douleurs chroniques ?

Dans toute douleur chronique, l’attitude face à cette même douleur va directement agir sur son intensité. C’est sur ce phénomène qu’une approche psychothérapeutique intégrative a son intérêt

21 JUIN 2021 · Lecture : min.

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Comment soulager la fibromyalgie et les douleurs chroniques ?

Quand une douleur existe, il y a plusieurs composantes qui peuvent amplifier ces sensations. Travailler sur ses différentes composantes va généralement aider le patient à mieux vivre cette douleur, quel que soit la cause physique qui en est l'origine. Je vous propose dans cet article quelques pistes faisant partie de mon approche intégrative, notamment mises en place pour des patients souffrant de fibromyalgie, de SFC (Syndrome de Fatigue Chronique) et de troubles douloureux centralisés. Une nouvelle thérapie EAET (Emotional Awareness and Expression Therapy,) mise au point aux États-Unis, a été répertoriée comme une des meilleures pratiques de gestion de la douleur par le département américain de la santé et des services sociaux pour la douleur chronique en 2019.

La douleur chronique

Dans toute pathologie douloureuse, notamment la fibromyalgie, il est primordial d'éliminer au départ d'autres maladies, par exemple Ehlers Danlos (SFD), sclérose en plaques (SED), lupus, cancer des os, Lyme…

Tout en gardant à l'esprit que ce n'est pas parce qu'on ne voit rien, qu'il n'y a rien. Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'explication scientifique et médicale claire (que des hypothèses), pour l'instant, qu'il n'y a pas de cause physique. C'est là que on peut trouver un intérêt à la psychothérapie. Le cerveau est l'organe qui génère ou amplifie la douleur. Les voies neuronales régulant la douleur et les processus périphériques (tension musculaire, dérégulation autonome, inflammation…) sont intimement liées aux cognitions et aux émotions des patients.

D'un côté, le manque d'explication des douleurs perturbe le corps médical et le patient. Or trouver un sens (malgré le manque d'explications) à sa maladie permet dans bien des cas de soulager les patients. Une approche psychothérapeutique soutient alors le patient dans cette recherche. Grâce au sens donné par le patient, celui-ci peut interagir avec sa maladie et donc mieux l'apprivoiser.

D'un autre côté, quand il n'y a pas de possibilité de travailler sur la cause physique puisqu'elle n'est pas identifiée, il est toujours important de diminuer ou faire disparaître les symptômes. Il s'agit alors de suppléer ou compléter les traitements médicamenteux par d'autres approches. En matière de douleur, toute approche psychosomatique peut être bénéfique pour le patient. Face à certaines douleurs chroniques, il y a d'ailleurs peu de traitement médicamenteux efficace.

Des composantes de la douleur chronique sur lesquelles la psychothérapie peut vous aider

Les expériences stressantes peuvent générer ou amplifier la douleur, en particulier lorsque le fait d'éviter des expériences inconfortables (souvenirs de traumatismes, conflits émotionnels, interactions interpersonnelles et même la douleur elle-même) laisse les patients se sentirent impuissants et craintifs. Cela justifie l'intérêt d'un soutien psychologique.

Les 3 composantes subjectives de la douleur chronique sont :

  • une composante affective, c'est la dimension émotionnelle (dans ma pratique l'art thérapie, l'hypnose, la méditation la thérapie centrée sur les émotions peut vous accompagner) (voir l'article sur l'art-thérapie) ;
  • une composante cognitive, c'est l'ensemble des processus mentaux (attentionnels, interprétatifs,…) susceptibles d'influencer la perception de la douleur. Par exemple l'anticipation anxieuse, les ruminations, le découragement, la crainte d'une maladie grave, etc. ;
  • une composante comportementale, par exemple l'évitement, l'isolement…

Dans ma pratique, l'ACT (la TCC qui implique l'acceptation et l'engagement) peut vous accompagner pour les 2 dernières composantes.

Globalement, travailler sur la bienveillance, la réassurance et la confiance auront des effets anxiolytiques. Avec la volonté de repérer et modifier les schémas de pensée, le travail psychothérapeutique permettra de travailler sur des causes de fragilité et les expériences inconfortables. Les approches relaxantes aideront le patient à se recentrer sur lui, à interrompre l'angoisse et à reprendre un contrôle émotionnel et sensoriel. Une reconstruction émotionnelle vient soutenir l'ensemble.

Un exemple de pathologie avec beaucoup de douleurs chroniques : La fibromyalgie

La fibromyalgie, ou syndrome polyalgique idiopathique diffus (SPID), est caractérisée par un état douloureux musculaire chronique étendu ou localisé à des régions du corps. Elle se manifeste notamment par une grande fatigabilité et des douleurs musculaires, osseuses, articulatoires et tendineuses. Cela entraîne de nombreux troubles du sommeil, des pertes de mémoire, des problèmes dépressifs et anxieux, … Les mécanismes de la fibromyalgie sont plurifactoriels.

A ce jour, aucune cause claire et univoque n'a été posée. Le tableau des signes pathologiques est de fréquence et d'intensité variables. En tout cas, le système nerveux répond de façon anormale aux stimuli extérieurs : une légère pression suffit à déclencher un message de « douleur ». Cette plus grande sensibilité à la douleur serait liée au dysfonctionnement de certaines zones du cerveau et à des anomalies de la transmission des messages nerveux.

Les conséquences psychologiques de la fibromyalgie sont bien souvent :

  • -perte de confiance/évitement
  • -peur d'une maladie incurable et d'une aggravation
  • -sentiment d'être abandonné car l'entourage ne comprend pas

À ce jour, les traitements visent essentiellement à soulager les symptômes. Il est alors intéressant d'utiliser les différents outils thérapeutiques que je vais vous exposer.

Art thérapie, hypnose et douleur chronique

Comme exposé plus haut, l'art-thérapie va nous permettre de progresser sur le sens donné à la douleur chronique en investissant sa créativité. Ensuite utilisé seule ou en complément de l'hypnose, un travail sur les composantes émotionnelles permettra de s'engager sur une des voies de travail.

Il est également possible de travailler sur les symptômes en se rapprochant d'un corps douloureux que le patient a tendance à repousser.

Grâce à du modelage par exemple, le corps réapparait. « Toucher » et « se toucher » (alors que bien souvent à cause de la douleur le patient ne le faisait plus) apparait alors comme une forme de continuité.

Grâce au dessin, il est possible de représenter sa douleur et la transformer en quelque chose d'agréable.

Il est possible d'utiliser des sensations obtenues grâce à l'eau et de prolonger par de l'hypnose pour que le corps réapparaisse. Les possibilités sont très vastes.

Dans certaines pathologies, comme la fibromyalgie, il y a une altération des systèmes de contrôle de la douleur. Ceux-ci peuvent être rééduqués par l'hypnose, ou par la méditation notamment. L'accueil des sensations et de ce qu'elles deviennent peut être modifié.

ACT (thérapie d'acceptation et d'engagement) et douleur chronique

La douleur ressentie est augmentée par les émotions et les pensées négatives. Ceci serait en grande partie lié à la lutte, à la non-acceptation, au désir de voir disparaître la douleur dans l'espoir de retrouver la vie d'autrefois. Or c'est accepter la douleur qui permet de s'en libérer.

Grâce à l'ACT, vous allez être invité à cesser de vouloir contrôler les douleurs à tout prix, à les accepter pour mieux vous en libérer et à entraîner votre cerveau et votre corps à cette nouvelle attitude. Vous y gagnerez de l'énergie à investir dans votre vie et dans ce qui compte réellement pour vous. L'ACT permet d'accéder à plus de flexibilité psychologique. Elle sollicite des processus d'apprentissage tels que la défusion (se décoller des pensées envahissantes), l'acceptation (faire de la place à ce qui est), les valeurs (ce qui compte vraiment pour soi), les actions engagées (agir dans le sens de qui compte pour soi), le soi comme contexte (se considérer plus grand que ce que nous sommes) et le moment présent (ici et maintenant). Le patient arrive à mieux vivre les douleurs auxquelles il est confronté.

Le patient expérimente, en séance et hors séance, une autre façon d'être au monde. Il acquiert alors de nouvelles compétences psychologiques qui l'aide à identifier les bénéfices de la flexibilité psychologiques plutôt que la rigidité psychologique (qui maintient dans la lutte et l'évitement face à des situations de souffrance).

Thérapie de conscience émotionnelle et d'expression (EAET) pour les troubles douloureux centralisés

La thérapie aide les patients à faire face à des situations chargées d'émotions évitées, à prendre conscience de leurs sentiments, à les ressentir et à les exprimer de manière adaptative. La connaissance d'un lien de causalité entre l'événement psychique et le réveil de la douleur peut aider à mieux comprendre, voire à prévenir le mécanisme douloureux. La douleur peut en effet cacher ou faire oublier l'émotion qui l'a déclenchée.

Dans l'EAET, on retrouve les éléments de la TCE (thérapie centrée sur les émotions), qui inclut elle-même le Focusing (voir l'article). En thérapie, les patients sont encouragés à se souvenir d'une personne et d'une situation en conflit. Il s'agit alors d'exprimer leurs émotions sous-jacentes à l'autre personne imaginée/mémorisée, en utilisant des mots, le ton de la voix, les muscles faciaux et le corps. Une telle expression amplifie l'expérience émotionnelle, clarifie les motifs et réduit la peur de l'expression. Les patients doivent exprimer « la bonne émotion à la bonne cible » plutôt que des émotions secondaires sur des cibles de substitution. Les patients en tirent avantage en réécrivant leur histoire, en accédant ou en créant de nouvelles émotions adaptatives (par exemple colère, tristesse, amour) qui n'étaient pas exprimées à l'origine. Et bien souvent, en approche intégrative, l'art thérapie aide à engager ces expériences émotionnelles.

Photos : Shutterstock

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Écrit par

Karine BIAVA

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Bibliographie

  • « Thérapie d'Acceptation et d'Engagement ACT » de J. Monestès (2011)

  • « EAET for Fibromyalgia and Other Centralized Pain Disorders » M.A. Lumley (2020)

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