Le pardon, faiblesse ou libération ?

« Je ne lui pardonnerai jamais ». Sans doute sommes nous nombreux à avoir prononcé au moins une fois ces paroles. Pourtant, la rancœur diffuse un poison aussi violent que l'offense.

16 NOV. 2020 · Lecture : min.

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Le pardon, faiblesse ou libération ?

Qu'est-ce que pardonner ?

Il y aurait quelque chose à éclaircir : l'acception religieuse du pardon, ancrée dans certaines croyances, supposerait l'absolution, c'est à dire l'effacement de l'offense par Dieu, à condition que le pécheur se repente sincèrement. Le pardon serait attendu aussi de la part des victimes des offenses, ce qui semble très difficile dans certains cas : comment « effacer" le meurtre d'un enfant ou un génocide ?

Mais dans une toute autre approche, le pardon serait un processus de libération.

Le pardon est un processus

Le pardon ne serait pas un acte spontané mais un ensemble d'étapes qui, à quelques variantes près, seraient pour les principales : L'accueil de la blessure provoquée, l'expression de la colère, le refus de rester dans la souffrance, la compréhension de celui qui a blessé, la reconnaissance que la faute existe, l'évacuation de sa propre culpabilité, enfin l'enseignement tiré de la situation.

Un parcours plus ou moins long, plus ou moins difficile

Le pardon est déjà une question de temps : les étapes peuvent s'enchaîner très rapidement ou au contraire ne jamais être toutes atteintes. Cela dépend bien sûr de la nature de l'offense, certains actes semblent impardonnables mais se souvenir que le pire des criminels a été un enfant pur, perverti par les systèmes de défense (parfois effroyables) qu'il a mis en place face à ses propres blessures peut aider à comprendre ce que l'on peut devenir.

Tout dépend aussi de la sensibilité de chacun et du niveau d'impact de l'offense : certains peuvent pardonner assez vite un adultère par exemple, alors que ce sera un drame pour d'autres.

Pourquoi accepter de s'inscrire dans ce processus libère ?

La rancœur fait que l'on entretient la blessure occasionnée, que l'on "range dans son coeur" la souffrance : ressasser au-delà du temps de l'accueil et de la colère revient en effet à s'appliquer la double sanction. On souffre une première fois de l'offense lorsqu'elle vient d'être infligée et on entretient cette souffrance. Pardonner ne signifie pas oublier (seul le temps peut-être le permettra) mais refuser de continuer à consacrer ses pensées et son énergie à ce qui fait mal. S'inscrire dans le processus de pardon c'est retirer à celui qui nous a offensé le pouvoir de continuer à nous faire souffrir. Le pardon se fait donc d'abord pour soi.

Comment initier le processus ?

Lorsqu'on vient de se brûler, après avoir laissé sa douleur et sa colère s'exprimer, on ne remet pas les mains au dessus de la flamme parce qu'on sait qu'il faudra du temps, parfois beaucoup de temps pour que le feu devienne braises, puis cendres chaudes et enfin cendres froides inoffensives. On s'éloigne au contraire du foyer pour ne plus y être exposé, on consacre son énergie à se soigner, à se mettre à l'abri, à comprendre pourquoi on s'est brûlé et comment on pourra à l'avenir s'en préserver. On sait aussi que si on s'occupe à des choses agréables et qui nous font du bien, on pensera moins à sa douleur, jusqu'à ce que la plaie cicatrise.

C'est exactement la même chose pour les blessures de notre esprit. Il faut amorcer le processus en détournant son mental : s'occuper, prendre soin de soi, faire de l'activité physique, marcher dans la nature, voir des gens, préparer son avenir…. C'est la répétition de ces petites choses qui permettra au mental d'être détourné le plus souvent possible de la souffrance. Plus tard, le temps viendra de la compréhension.

Demander pardon, se pardonner

Demander pardon ne libère pas forcément la victime : seule celle-ci a le pouvoir de se libérer de sa souffrance . Cependant, la demande de pardon, attendue ou spontanée peut aider à la fois la victime et l'offenseur, dans un effort de compréhension mutuel. Mais encore faudrait-il que l'on n'attende pas l'absolution: il est plus juste d'exprimer ses regrets sincères et de laisser l'autre guérir.

Se pardonner est parfois aussi difficile. Pourtant, le processus est le même : accueillir sa culpabilité mais l'évacuer en acceptant sa vulnérabilité pour avancer en tirant les leçons de sa faute conduit à la libération.

Conclusion :

Tant qu'on reste dans la conviction que le pardon suppose l'excuse et consiste à effacer la faute, le processus de libération ne peut se mettre en œuvre efficacement. Nous sommes tous concernés, à un moment ou un autre de notre vie, nous trébuchons tous, nous offensons tous et sommes tous offensés. Le reconnaître peut aider à mieux supporter nos faiblesses et celles des autres.

Et si vient le temps de la réconciliation, le pardon a un goût de victoire remportée sur les parts d'ombre de chacun d'entre nous.

Photos : Shutterstock

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Écrit par

Véronique BLANCHE

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Bibliographie

  • Paul Ferrini : les douze étapes du pardon
  • Olivier Clerc : le don du pardon
  • Tenzin Gyastso (Dalaï Lama) : savoir pardonner

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