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Se parler à soi est bénéfique

En nous parlant à nous-mêmes, nous essayons de voir les choses plus objectivement...

8 janv. 2018 Actualités - Lecture : min.

psychologues

Vous êtes-vous déjà rendu compte que vous étiez en train de vous parler à vous-même, à voix haute ? Cette habitude bien plus commune qu'on ne le pense est appelée "conversation externe avec soi-même" par les psychologues. Et si, parfois, c'est vu comme une bizarrerie, il a été découvert que cela pouvait avoir une influence sur le comportement et la cognition.

Selon Ethan Kross, professeur de psychologie à l'Université du Michigan :

"Le langage nous offre cet outil de prise de distance avec nos propres expériences lorsque nous réfléchissons à nos vies. Et c'est réellement en cela qu'il est utile".

En nous parlant à nous-mêmes, nous essayons de voir les choses plus objectivement. Pour Ethan Kross, la façon dont on se parle importe donc. Les deux types de dialogues intérieurs avec lesquels nous sommes le plus familiers sont le discours didactique, comme se parler tout au long d'une tâche, et le discours d'encouragement, où l'on va par exemple se dire : "je peux le faire". Cela peut sembler vieux jeu, mais se motiver à voix haute peut réellement fonctionner.

Une étude publiée dans "Procedia - Social and Behavioral Sciences" recherchait les effets des discours à soi-même d'encouragement et de motivation chez des individus jouant au basketball. Il a été noté que les joueurs passaient le ballon plus rapidement lorsqu'ils s'étaient auparavant motivés pour cette tâche à voix haute.

Même la manière dont on parle de soi lors de ce dialogue solitaire peut faire une différence. Ethan Kross et ses collègues ont étudié l'impact d'un dialogue intérieur (se parler dans sa tête) pour voir comment il pouvait affecter l'attitude et les sentiments. Ils ont découvert que lorsque les sujets se parlaient à eux-même à la deuxième ou troisième personne (par exemple : "tu peux le faire" ou "Jeanne peut le faire" plutôt que "je peux le faire"), ils ressentaient non seulement moins d'anxiété à la réalisation de leur tâche, mais que leurs collègues valorisaient également leur tâche comme étant meilleure. Ethan Kross explique que c'est dû à la distanciation de soi : il s'agit de se concentrer sur soi depuis la perspective distante d'une troisième personne, même si cette personne est soi-même.

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"À propos de la manière dont la distance psychologique aide, l'exemple que j'aime donner est de penser à un moment passé avec un ami ou un proche ruminant un problème", continue Ethan Kross. "En tant que tiers, c'est facile de donner des conseils sur ce problème. L'une des raisons pour lesquelles nous sommes si aptes à donner des conseils à propos d'un problème, c'est parce que nous ne sommes pas aspirés dans ces problèmes. Nous pouvons penser plus clairement car nous avons une distance de l'expérience".

Ainsi, si vous êtes décontenancé et avez besoin d'un petit discours d'encouragement, pensez à le faire à la deuxième ou troisième personne, car cela peut vous aider à voir la situation d'un point de vue logique et objectif plutôt que d'une perspective émotionnelle et biaisée.

Se parler augmenterait nos performances

En plus du discours d'encouragement à soi-même, se parler à voix haute de façon didactique peut accélérer nos compétences cognitives dans le domaine de la résolution de problème et de la performance.

Ainsi, si vous cherchez par exemple quelque chose que vous ne parvenez pas à trouver à l'épicerie, vous parler à voix haute peut vous aider à le trouver plus rapidement. Et ceci est dû à la théorie de la rétroaction.

Selon la théorie de la rétroaction, le nom d'un objet et sa marque vont immédiatement faire venir à l'esprit l'image de l'objet, ce à quoi il ressemble. "Cela vous aide à le distinguer d'autres objets au nom similaire", souligne Gary Lupyan, chercheur et professeur de psychologie à l'Université du Wisconsin-Madison.

Gary Lupyan souhaitait tester l'hypothèse de rétroaction dans le cadre du discours à soi-même. Lors d'une série d'expériences, lui et son équipe ont demandé à des sujets de chercher divers objets dans des situations variées. Dans l'une des expériences, on demandait aux sujets de rechercher la photo d'un objet précis, par exemple une banane, parmi des photos de 20 objets pris au hasard.

"Certains sujets disaient le nom de l'objet tout fort, pour eux-mêmes", précise-t-il. "L'idée était : dire le nom vous aide-t-il réellement à activer ses caractéristiques visuelles?"

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Gary Lupyan et ses collègues ont découvert que lorsque les individus disaient le mot "banane" avant de rechercher la photo, ils trouvaient la photo exacte plus rapidement. Dire le mot à voix haute, selon l'étude, rendait les sujets plus conscients de ses caractéristiques physiques, ce qui faisait ressortir la banane du reste des objets.

Ceci étant, ce type de discours à soi-même n'est pas aussi efficace si l'on ne sait pas à quoi ressemble l'objet. En d'autres termes, si vous recherchez une photo de papaye sans avoir idée de ce à quoi peut bien ressembler une papaye, se demander "où sont les papayes ?" ne sera d'aucune aide.

"La découverte est que dire un nom à voix haute aide, mais uniquement avec des objets dont ils sont familiers", précise Gary Lupyan. Sans cette familiarité, se parler à voix haute peut au contraire ralentir le processus de recherche, ajoute-t-il.

Le discours didactique peut être utile lorsque vous cherchez vos clés ou que vous devez retrouver un ami dans la foule. L'étude susmentionnée à propos du basketball a aussi montré que les joueurs passaient et tiraient plus précisément lorsqu'ils s'étaient donnés eux-mêmes une consigne à voix haute sur la tâche à effectuer, suggérant ainsi que se parler à propos de ce que l'on est en train de réaliser nous aide à rester concentrés. L'étude conclut que le discours d'encouragement à soi-même fonctionne mieux sur des tâches basées sur la vitesse, la force et le pouvoir, alors que le discours didactique à soi-même fonctionne mieux pour des tâches impliquant la concentration, la stratégie et la technique. Dans le monde réel, cela peut se traduire lorsqu'il faut réaliser un créneau, suivre une recette ou monter un meuble.

"Selon moi, les discours à soi-même marchent mieux pour les problèmes où l'on essaye de rester sur la tâche et où il existe des distractions potentielles", explique Gary Lupyan. "Pour les tâches impliquant plusieurs étapes, se parler à voix haute peut aider à s'éloigner des distractions et à se rappeler où l'on en est".

Photos : Shutterstock

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