TOC, obsessions, manies, compulsions : comment arrêter de douter obsessionnellement ?

Se ronger les ongles, tout vérifier quand on est poussé par la jalousie, nettoyer et ranger tout dans la maison à en être esclave, se laver 100 fois les mains par peur d’attraper la gastro..

15 NOV. 2021 · Lecture : min.

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TOC, obsessions, manies, compulsions : comment arrêter de douter obsessionnellement ?

Sous-diagnostiqués et souvent vécus dans l'isolement, les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ne sont pas à prendre à la légère, car ils sont source d'une grande détresse pour ceux qui en souffrent. Ils provoquent ou accroissent des troubles dépressifs et anxieux. Vous faites machinalement les mêmes gestes. Et même si vous en prenez conscience, vous n'arrêtez pas pour autant. Ces manies, conscientes ou inconscientes, vous donnent une impression de vous soulager. Mais comme vous ne pouvez pas les contrôler, l'anxiété et la dépression peuvent finir par s'installer. Il est indispensable de travailler dessus. Alors quels sont les moyens pour mettre fin à ces manies envahissantes quand vous êtes épuisés ou même que les TCC classiques ne fonctionnent pas ?

Avez-vous des TOC ou des comportements qui s'apparent à des compulsions ?

Au départ il y a des obsessions. Que sont les obsessions ?

Toutes les personnes ont des pensées, mais la différence, c'est que les gens avec un TOC éprouvent de la détresse à propos de certaines pensées particulièrement importantes pour eux. Ils leur portent une grande attention, elles reviennent constamment et génèrent du stress. Et plus la personne fait un effort pour neutraliser ses pensées pour s'en débarrasser, plus leur fréquence augmente. Et les actions (qui ont fonctionné au début pour lutter contre l'anxiété) finissent par enfermer la personne un peu plus chaque jour dans une « prison », ce qui augmente l'anxiété …

Que sont ces actions répétitives ou ces rituels mal adaptés ? Ceux sont des compulsions mises en place pour calmer l'anxiété générée par les obsessions. Mais paradoxalement, plus les gens vérifient, plus le doute revient. Certaines compulsions se font sous forme de gestes (nettoyer de façon excessive, vérifier que la porte est verrouillée, déplacer les objets pour qu'ils soient bien alignés, monter sur la balance …), d'autres sont mentales (compter, exécuter un rituel magique, remplacer les pensées anxiogènes par des pensées réconfortantes,. ..). Dans certains troubles plus généraux, il y a une partie comportement compulsif déclenché par des obsessions : certaines addictions, certains troubles du comportement alimentaire, la dysmorphophobie (obsessions ou pensées excessives sur un "défaut imaginaire") …

Pour savoir si vous avez des TOC, lisez cet excellent article.

Quelles solutions ?

La problématique de TOC s'inscrit, comme la très grande majorité des troubles psychologiques, dans ce que l'humain a pour habitude de faire : lutter ou éviter pour se sentir mieux. Et comme toujours au cabinet, j'accompagne les patients à arrêter de lutter pour mettre en place une autre stratégie dans le cadre de l'acceptation et de l'engagement. Et en complément, nous travaillons sur le doute en combinant la thérapie basée sur les inférences (TBI)(qui a une base cognitive), des techniques de gestion émotionnelle et des techniques « narratives » et sensorielles (art-thérapie, visualisation , jeu de Sable et hypnose). L'objectif de traitement est de soulager la personne mais plutôt que la restructuration cognitive des métacognitions (comme le perfectionnisme, la sur-responsabilité, ..) et l'exposition aux situations anxiogènes (comme avec les TCC classiques), l'idée est plutôt d'accepter les obsessions et aussi d'arrêter de les alimenter. Nous ciblons alors les composantes imaginaires des obsessions en les travaillant de façon verbale et non-verbale. La déconstruction de l'obsession initiale (conceptualisée sous forme de doute) est travaillée grâce à des techniques je j'emploie aussi en gestion émotionnelle.

Douter ou ne pas douter, telle est la question

Mais attention travailler sur les TOC ne signifie pas éliminer tout doute.

Le doute est indispensable car il est source de connaissance, de progression et motive des comportements d'exploration, de recherche d'information … Mais le doute est aussi au centre des difficultés de prise de décision, de problèmes de confiance en soi et d'estime de soi, et de TOC ...

Le doute naît à l'intérieur de nous, en nous et par nous. Il est intéressant de voir comment nous générons ce sentiment de doute et l'amplifions. Il s'agit de savoir le gérer émotionnellement. Mais aussi lorsqu'il est exacerbé, il révèle une altération du jugement.

Entreprendre de travailler sur le doute, afin d'apprendre à l'utiliser, est bénéfique car en cabinet, je l'introduit pour le travail sur la confiance en soi et la prise de décision. De nombreuses approches et techniques, sont à connaitre pour rendre le doute moteur et non pas « pathologique ». D'où vient que l'on doute trop, de ses performances, de soi, de ses actions quotidiennes est un autre angle que je ne privilégie pas en 1ère approche.

Pourquoi parler du doute et travailler sur le doute avec les TOC ?

Habité d'un doute permanent, la personne avec un TOC a souvent un rituel de vérification (elle vérifie et revérifie des dizaines de fois que le four est bien éteint, la voiture bien fermée, ...). Mais même dans les TOC qui n'ont pas de phénomène de vérification au premier plan, le doute est en fait central. Il est le « mécanisme » qui entretient la boucle.

Apprenez à le gérer et les obsessions n'existent plus.

Photos : Shutterstock

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Écrit par

Karine BIAVA

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Bibliographie

  • Application et efficacité d'une thérapie basée sur les inférences (TBI ou ABI) auprès d'une population d'accumulateurs compulsifs : une étude de cas clinique (2015) : http://hdl.handle.net/1866/11376

  • (TBI) Thérapie basée sur les inférences ciblant les enfants ayant un trouble obsessionnel-compulsif : cas clinique (2018) Journal de Thérapie Comportementale et Cognitive Volume 28, Issue 2, June 2018 : https://www.sciencedirect.com/science/journal/11551704

  • Thérapie cognitive basée sur l'inférence (TBI) versus exposition et prévention de la réponse pour le trouble obsessionnel-compulsif : un essai contrôlé randomisé de 16 sessions (2018) : https://ichgcp.net/fr/clinical-trials-registry/NCT03677947

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