L'excès d'empathie fait du mal

La fatigue compassionnelle : quand la douleur des autres vous dépasse.

28 NOV. 2018 · Lecture : min.

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L'excès d'empathie fait du mal

"Je ne demande pas à une personne blessée ce qu'elle ressent. Je deviens moi-même la personne blessée", écrivait Walt Withman. L'empathie est une qualité très belle et très importante, qui nous permet de nous mettre à la place de l'autre et de l'aider au mieux. Mais un excès d'empathie est à double tranchant : la fatigue compassionnelle, ou syndrome d'excès d'empathie, a un coût très élevé. 

Qu'est-ce que l'usure compassionnelle ? 

Contrairement à ce que l'on peut penser, il n'existe pas qu'un type d'empathie, mais plusieurs. 

  • L'empathie cognitive est celle dans laquelle on se limite à adopter et comprendre le point de vue de l'autre d'une façon purement intellectuelle.
  • La préoccupation empathique implique l'aptitude à comprendre et vivre les états émotionnels des autres, en montrant une préoccupation authentique et en étant capable d'aider les autres sans mettre en péril son propre équilibre psychologique. 
  • La contagion émotionnelle, qui peut créer une grande détresse personnelle, définit une contagion de la personne par les émotions des autres sans qu'elle ne parvienne à s'en protéger. Elle souffre de leurs émotions, qui la détruisent petit à petit. 

Le danger de la préoccupation excessive

Se préoccuper trop de la douleur émotionnelle des autres sans bénéficier des outils psychologiques pour gérer la situation peut créer le syndrome d'excès d'empathie, aussi connu sous le nom de fatigue compassionnelle

Ce terme a été proposé par Charles Figley : la fatigue compassionnelle est un type de stress résultant de la relation d'aide thérapeutique, de l'empathie et de l'engagement émotionnel. 

Ce terme permet de rendre visible une réalité affectant notamment les professionnel(le)s travaillant avec l'objectif de soulager la souffrance dans la vie des personnes qui les consultent. En plus d'être vulnérables à d'autres types de stress ou à de l'usure due au travail, ces personnes ont un intense besoin de calmer la douleur ou de résoudre le problème de celui ou de celle qui souffre, sans pouvoir gérer sa propre douleur occasionnée par cet échange. 

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Voici les principaux facteurs contribuant au développement de la fatigue compassionnelle : 

  • Manque de soin de soi
  • Traumatisme non résolu du passé
  • Incapacité à contrôler les facteurs du stress
  • Manque de satisfaction au travail. 

Certains symptômes préalables à la fatigue compassionnelle peuvent passer inaperçus : 

  • Dissociation, colère
  • Anxiété, épuisement, accablement
  • Troubles du sommeil, cauchemars
  • Sensation d'impuissance, échec.

On trouve aussi des symptômes physiques tels que : 

  • Nausées, vertiges
  • Modifications de poids
  • Céphalées
  • Évanouissements
  • Abus de substances
  • Passer moins de temps avec les patients et les amis
  • Être indifférent
  • Apparition de sarcasme et de cynisme. 

Qui sont les professionnels les plus enclins à développer le syndrome de fatigue compassionnelle ? 

Il est évidemment plus commun chez les personnes en contact direct avec un public ayant besoin d'aide : psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux et personnel médical et d'urgence. Cependant, toute personne peut être victime d'usure compassionnelle. 

Une étude menée par l'Université Adventista del Plata a dévoilé que l'usure compassionnelle était fortement liée à l'attention émotionnelle et à la réparation émotionnelle. L'attention émotionnelle se rapporte à l'aptitude à prêter attention aux émotions et à l'état d'esprit des autres. En pratique, les personnes qui souffrent du syndrome d'usure compassionnelle portent trop attention aux autres, et se piègent dans leurs réseaux. 

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De plus, l'usure compassionnelle est en relation avec une réparation émotionnelle plutôt pauvre. Il s'agit de la capacité à pouvoir mettre en pratique des plans d'action qui nous permettent de réguler notre état d'esprit, comme par exemple le simple fait d'assumer une distance psychologique pour protéger notre équilibre affectif. 

Ainsi, si vous êtes une personne hypersensible émotionnellement parlant mais que vous ne parvenez pas à mettre en place des stratégies vous aidant à panser ces blessures, il est probable que vous finissiez par souffrir du syndrome d'usure compassionnelle. 

Quels sont les symptômes de l'usure compassionnelle ? 

  • Rééxpérimentation

La personne revit les expériences traumatiques vécues par les autres, que ce soit par des flashbacks, des rêves ou simplement en les ruminant pendant la journée. L'un des premiers signaux d'alarme est que la personne ne parvient pas à se sortir cette situation de la tête et y pense bien plus que de raison, ce qui signifie qu'elle reste active dans le cerveau. 

  • Encrassement affectif et évitation

La détresse accumulée et qui n'est pas gérée correctement peut déconnecter totalement la personne de la situation. En pratique, lorsque l'esprit est saturé et arrive à un point où il ne peut plus assimiler tant de douleur et de souffrance, il se distance émotionnellement de la réalité. 

La personne est plus irritable, frustrée, se sent déconnectée émotionnellement comme si tout lui était étranger, ce qui peut affecter la capacité de profiter des choses et de se lier aux autres. 

  • Hyperactivation

Au fil du temps, l'usure compassionnelle génère de la fatigue, mais aussi de l'anxiété. La personne est dans un état d'hyperactivation nerveuse, provoquant des difficultés pour dormir, des troubles de la concentration, une exaltation extrême face à de petits stimuli ainsi que des attaques de panique. 

Photos : Shutterstock

N'hésitez pas à prendre contact avec un(e) psychologue si vous souffrez d'usure émotionnelle

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Psychologue.net

Bibliographie

Alecsiuk, B. (2015) Inteligencia Emocional y Desgaste Por Empatía En Terapeutas. Revista Argentina de Clínica Psicológica; 24: 43-56.

Mestre-Escrivá, V., Frías Navarro, M.D. y Samper-García, P. (2004) La medida de la empatía: análisis del Interpersonal Reactivity Index.Psicothema; 16(2): 255-260.

Figley, C.R. (1995) Compassion Fatigue: Coping with secondary traumatic stress disorder in those who treat the traumatized. Nueva York: Brunner/Mazel Publishers.

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8 Commentaires
  • kthy

    certains "empathiques" plongent dans un monde qui ne leur appartient pas. Les "autres" viennent à ma moi sans que je ne leur demande rien... je suis là... j'écoute, je parle, je me mets en colère parfois, souvent je rie - je dédramatise. Le jour d'après je pleure. Le jour suivant je rie à nouveau, cette fois-ci avec mon compagnon et nos enfants. Mais ! je ne peux m'empêcher de regarder mes très proches et ressentir toute leur détresse. Empathiques que nous sommes étons nous condamnés à ne vivre qu'au travers des "autres" ? Peux-t'on mourir d'empathie ? il ne s'agit pas de suicide, de mélancolie peut-être ....

  • Lisa

    J ai souffert de ce syndrome que j ai appris toute petite chez moi car il fallait aider et supporter une mere qui elle meme souffrait d une grave incapacite parentale.J ai reporte cette empathie excessive sur mes patients puisque je suis medecin et c est non seulement une perte d energie enorme mais elle n aide en rien les gens qui souffrent et ca a ete tellement douloureux que je ne peux pas rester plus de quelques minutes en compagnie de gens qui peuvent avoir besoin d aide ou qui veulent me raconter leur problemes. En fait ce syndrome nait non pas de l empathie mais de l incapacite a limiter autrui .

  • cd-dg

    Il est interessant de se dire que l empathie ne fait que nous renvoyer a ce que l on est. L autre n est percu que comme une sorte de miroir dirait levinas. L Empathie envers l autre n est ce pas l empathie envers soi exclusivement?.... Et donc l exces d empathie peut signifier que l on est "depassé" par la situation qii nous submerge. Il faut peut etre envisager une therapie car on ne peut guere s en sortir seul et surtout sans les "outils" adaptés.

  • Sidonie

    Se sentir éreintée,execivement enervee,anxieuse ,envie de vomir et surtout avec le virus de merde envie de pleuré en compation a toutes ces personnes malades ou mourantes et à leur famille !!

  • Helena

    Je viens de decouvrir grace a ces explications "le mal dont je souffre depuis trop longtemps: merci ! L empathie (en exces) au quotidien vous ronge de l interieur .si on vous compare souvent à "Mère theresa " , vous etes peut être aussi atteint de ce mal .

  • Zohra Sadouni

    Très intéressent Je suis psychologue et j'ai travaillé avec les victimes. J'en ai souffert moi même de la fatigue compassionnelle.

  • barbara

    Merci desormais je sais de quoi je souffre en ce moment

  • fantomette

    Je pense avoir fait partie de cette catégorie de personnes. Mais j'ai réussi à trouver des solutions. Avec l'aide de médecins, d'amis. On "trimballe" tous nos "valises", nos blessures, nos épreuves, nos traumatismes. Avec le temps, on apprend à faire du tri, à tous les niveaux et on fait des choix. On se rend compte que trop d'empathie ne nous permet plus de prendre de la distance, et c'est à ce moment là qu'il est nécessaire de se recentrer sur soi, quitte à provoquer chez certaines personnes des questionnements par rapport à ce changement de comportement. Mais il me paraît vital d'en passer par là pour notre propre "survie" psychique, physique, intellectuelle. Prendre les devants quand on commence à sentir que l'on flirte avec le "burn out".

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